Accueil > Ressources photo > Le laboratoire Noir et Blanc: tout pour débuter
Avis à tous ceux qui n'abandonnent pas l'argentique pour Photoshop : le labo noir et blanc est encore dans le coeur de beaucoup de passionnés, et devrait l'être pour beaucoup plus ! Pour tous ceux qui veulent se créer un petit espace labo photo chez eux, dans leur salle de bains ou ailleurs, il est souvent difficile de s'y retrouver surtout quand on n'y connaît pas grand chose... Une solution serait d'acheter un petit livre qui expliquerait comment procéder, une autre serait de lire cette page qui a pour mission de vous guider pour l'achat du matériel et pour votre premier tirage. Précisons que je n'ai ici pas l'ambition de détailler tout le matériel et tous les procédés, loin de là, ce qui suit n'est qu'une base... À vous ensuite d'assimiler et d'exprimer tout l'art du labo dans vos tirages !
Pensez donc à imprimer ce qui suit et à le coller dans un coin de votre futur labo...
NB : je ne traite pas ici le développement des films...
Pour s'équiper, il vous faudra, pour acquérir le minimum du matériel nécessaire, un budget de 2000 frs au moins... à moins de récupérer le labo de votre grand-père qui fera parfaitement l'affaire. Dans tous les cas vous aurez besoin du matériel suivant :
L'agrandisseur noir et blanc : c'est sûrement ce qui vous coûtera le plus cher... les prix varient de 1500 frs pour les amateurs à.... beaucoup pour les labos professionnels. Le plus simple est d'acheter un kit labo qui vous propose l'agrandisseur, l'objectif, le compte-poses, les bacs et les pinces, la lumière inactinique et autres accessoires. La marque Axomat propose des prix intéressants à ce sujet, et un matériel qui convient parfaitement aux débutants... La qualité du matériel est correcte, vous pourrez de toute façon mieux vous équiper par la suite. Pour mémoire, retenez le kit Axomat Meopta 5 à 2000 frs.
Un agrandisseur, comment ça marche ?
L'agrandisseur projette de la lumière diffuse sur le plateau. La plupart des agrandisseurs sont composés d'un passe-vues dans lequel vous placerez les négatifs, une mollette pour régler l'agrandissement de l'image sur le plateau, un soufflet et une mollette de mise au point (réglage grossier ou réglage fin), ainsi qu'un tiroir à filtres.
L'objectif de l'agrandisseur peut se régler sur plusieurs diaphragmes (f/4.5, f/5.6, f/8, f/11, f/16 pour mémoire) ce qui fera varier l'intensité de la lumière émergente.
Le filtre inactinique placé juste en dessous de l'objectif s'utilise quand on place une feuille de papier photo sous l'agrandisseur pour ne pas la voiler.
Le compte-poses : il sert à régler le temps d'exposition, c'est-à-dire combien de temps le papier sera exposé. On peut le régler selon une base de 1/10 de secondes ou d'une seconde ou autres selon les modèles. Les barbares du labo pourront s'en passer en occultant la lumière avec la main et en chronométrant le temps de pose... mais il vous paraîtra vite indispensable.
Le margeur : il permet de placer le papier sous l'agrandisseur, et aussi de l'aplatir. Indispensable pour faire des marges blanches... mais là aussi dans un premier temps vous pourrez vous en passer (ce qui me paraît tout de même un peu compliqué). Il existe des margeurs deux, trois ou quatre lames. Les premiers prix se situent autour de 300 frs pour un margeur deux lames.
Une lumière inactinique : le papier noir et blanc n'est pas sensible à toutes les lumières, c'est pourquoi, pour ne pas être plongé dans le noir total on utilise une lumière inactinique, c'est-à-dire qu'elle ne voile pas le papier (en théorie). C'est souvent une lumière rouge ou jaune.
Une lunette de réglage ou Scoponet (selon le nom de la marque la plus connue) : elle sert à faire la mise au point de l'image. On peut s'en passer en évaluant à l'œil nu la netteté de l'image, mais le Scoponet est bien sûr plus précis.
Une boîte de filtres : si vous tirez sur papier à contrastes variables, vous en aurez besoin. À moins que vous utilisiez un agrandisseur couleur pour tirer vos photos... Chaque filtre correspond à un grade (de 00 à 5 par demi-valeur). Plus le grade est élevé, plus votre image sera contrastée. Les filtres sont à placer dans le tiroir à filtres
Trois cuves et trois pinces à papier : les trois cuves serviront aux trois bains indispensables au traitement d'une photo noir et blanc, c'est-à-dire le révélateur, le bain d'arrêt et le fixateur. Pour manipuler les épreuves, il vous faudra trois pinces (plastiques ou inox avec une préférence pour l'inox).
Matériel de protection : les chimies utilisées peuvent être dangereuses (le bain d'arrêt, c'est de l'acide acétique... par exemple), c'est pourquoi il est recommandé d'utiliser des gants, une blouse, des lunettes de protection, etc.
Et divers accessoires : des ciseaux, une bombe anti-poussières, un bout de carton, des torchons, des doseurs, un thermomètre, un chronomètre, un entonnoir, etc.
Il vaut mieux s'installer dans une pièce pas trop poussiéreuse, pas trop humide, aérée, et surtout une pièce pour laquelle on est sûr qu'aucune lumière extérieure ne viendra voiler le papier. Une partie sèche abritera votre agrandisseur et ses accessoires, et une autre partie servira pour les bains. Vous aurez aussi besoin d'une arrivée d'eau pour le lavage des tirages et d'un endroit pour sécher les épreuves.
Deux grands types de papier :
Vous pouvez choisir du papier à contraste variable ou à grade fixe. Si vous prenez du papier à grade fixe vous n'aurez pas le choix du contraste final, à moins d'acheter plusieurs boîtes de papier... et vu le prix du papier... Prenez plutôt du papier à contraste variable, ainsi grâce aux filtres vous choisirez le grade que vous voulez.
Il y a du papier mat, semi-mat ou brillant, le choix est laissé au goût de chacun entre ces différents supports.
Vous serez sans doute troublé par la diversité des papiers proposés. Ne vous effrayez pas, essayez-en un et voyez s'il vous convient. Mais dîtes-vous aussi par la suite que la créativité peut aussi s'exprimer à travers le choix du papier.
Plusieurs marques comme Ilford, Agfa ou Kodak se partagent le marché.
Prenez pour commencer des solutions prêtes à diluer. Toutes ces solutions sont à diluer dans l'eau avec un rapport 1 10 ou 1 7 par exemple selon les indications du fabricant (1 7 signifie pour un volume de produit, diluer avec 7 volumes d'eau - comme le Ricard en somme). Il est préférable le plus souvent d'utiliser pour la chimie la même marque que celle du papier utilisé, mais on fait tres bien sans...
Trois bains sont indispensables :
Pour un meilleur séchage, on emploie de l'agent mouillant en dernier bain, après le lavage de l'épreuve, mais ce n'est pas indispensable.
Maintenant que vous savez tout ça, il ne vous reste plus qu'à vous équiper et à passer au paragraphe suivant qui vous guidera pour votre premier tirage noir et blanc. Bonne chance !
Il s'agit de projeter une image négative sur un papier photosensible et de fixer cette nouvelle image positive d'une façon permanente.
Il est impératif au labo de prendre ses marques, et ce en effectuant toujours la même démarche consciencieusement... Vos gestes doivent devenir presque automatiques...
Pour ce premier tirage, le choix du négatif est important : il ne doit pas être trop contrasté, avoir été bien développé et ne pas être sous-exposé ni sur-exposé.
Vous avez tout pour commencer, vous avez tout installé, vous avez votre négatif entre les mains.... eh bien posez-le ! Il faut d'abord préparer les bains...
Vous avez besoin d'un doseur pour diluer les solutions.Suivez les indications du fabricant, mais rappelez-vous que plus une solution est diluée, plus il faudra laisser l'épreuve tremper dans le bac. Les temps sont également indiqués sur la notice (normalement...). Pour mémoire, sachez qu'une épreuve devra rester environ 1 min dans le révélateur, 20 secondes dans le bain d'arrêt et 1 min 30 dans le fixateur.
Placez les solutions dans les bacs (dans cet ordre !) : le révélateur dans la cuvette jaune, le bain d'arrêt dans la rouge, le fixateur dans la verte... Cette assignation couleur/chimie est la plus courante; conservez-la toujours, cela vous évitera de confondre les bains. Inutile de remplir totalement les bacs, le tout étant que la photo soit entièrement recouverte de liquide une fois immergée. 1 cm de liquide semble être un bon compromis.
Pour le bain d'arrêt, la meilleure formule et surtout la plus économique est l'utilisation de l'acide acétique dilué plutôt que d'acheter une solution préparée.
Si vous utilisez du papier à contraste variable, n'oubliez pas de placer un filtre dans le troir à filtres. Mettez-y un grade 2 pour un tirage de référence. Après avoir vérifié l'absence de toute poussière dans le passe-vues et sur le négatif (utilisez une bombe anti-poussières...), mettez en place le négatif. Faîtes attention à le placer dans le bon sens, de telle sorte que l'image projetée soit à l'endroit. Placer le négatif dans le passe-vues est toujours assez délicat, vous vous en rendrez sûrement compte.
Allumez l'agrandisseur. Réglez la hauteur de l'agrandissement, ce qui permet de choisir le rapport d'agrandissement. Mais rappelez-vous de ne pas trop agrandir une image tirée à partir d'un négatif à haute sensibilité ( au-dessus de 400 ISO), car le grain de l'image est alors encore plus important.
Reste à faire la mise au point, ce que vous pouvez faire à l'œil nu ou avec une lunette de mise au point (Scoponet). Avec le Scoponet, vous savez que l'image est nette à partir du moment où vous distinguez des grains au travers de la loupe. Pour faire la mise au point, il est toujours plus simple de le faire à pleine ouverture pour plus de luminosité.
Vous pouvez alors placer le margeur si vous en utiliser un... le plus délicat étant d'ajuster les marges.
C'est une étape très importante pour le rendu final de l'image. A partir de ce moment, vous devez travailler en lumière inactinique.
La densité globale d'un épreuve dépend principalement de plusieurs facteurs.
C'est pour ces raisons qu'un négatif est unique et qu'il faudrait dans l'absolu déterminer par des bandes d'essai l'exposition correcte pour chaque négatif.
Nous allons donc réaliser une bande d'essai. La méthode consiste à exposer le papier par bandes de 2 ou 3 secondes. Chaque bande de papier est exposée successivement suivant une progression arithmétique ( de 2 en 2 secondes 2-4-6-8..., ou de 3 en 3 secondes 3-6-9-12...,et ainsi de suite).
Découpez une feuille de papier (1/3 du papier convient parfaitement) et placer la bande sous l'agrandisseur (ce dernier étant éteint ou avec le filtre inactinique). Ouvrez le diaphragme à f/5.6 ou f/8. Réglez le compte-poses sur 2 ou 3 secondes. Vous pouvez choisir d'exposer 5 bandes par exemple. Avec un carton, masquez les 4/5 de l'image et exposez le papier (2 ou 3 secondes donc...). Puis découvrez 1/5 de l'image et exposez à nouveau le papier... etc. Vous pouvez ensuite développer la bande dans les trois bains : révélateur, puis bain d'arrêt, puis fixateur (selon les temps du fabricant). Lavez et séchez la bande. Vous allez maintenant pouvoir définir l'exposition correcte en observant la bande. Elle correspond à une bande ni trop claire ni trop sombre... A vous de juger !
Si aucun des temps essayés ne convient (tout est trop clair ou trop sombre), recommencez avec une autre ouverture de diaphragme.
Exemple : vous avez exposé votre bande d'essai à f/8 :
Une fois que vous avez choisi votre temps d'exposition, réglez le compte-poses, sans changer l'ouverture du diaphragme. Placez la feuille sur le plateau de l'agrandisseur ou dans le margeur (agrandisseur éteint ou placez le filtre inactinique !). Attention : placez bien la face brillante au-dessus ! Puis exposez la feuille.
Il faut toujours être très prudent pendant cette phase, pour ne pas polluer les bains surtout. Essayez également de suivre la méthode au plus près, c'est comme ça que vous obtiendrez les meilleurs résultats.
Le révélateur : Déclenchez le chrono. Faîtes glisser la feuille à l'aide de la pince au fond du bac, puis retournez-la face brillante sur le dessus (ceci pour éviter la formation de bulles d'air). Puis, pendant toute la durée du bain (1 min le plus souvent) agitez le bac. Surveillez bien la température du révélateur, elle doit être idéalement à 20°. Au-delà de 22°, il faudra écourter la durée du bain.
Le bain d'arrêt : quelques secondes avant la fin du révélateur, retirez la feuille et laissez-la un peu s'égouter. Plongez-la totalement dans le bain d'arrêt et agitez comme précédemment. 20 secondes suffisent.
Le fixateur : agitez les 20 premières secondes, puis reprenez 20 secondes plus tard. Au bout d'une minute, même si le bain n'est pas fini, vous pouvez rallumer la lumière.
Un bon conseil : fermez toujours votre boîte de papier après avoir sorti une feuille, vous éviterez ainsi en allumant la lumière de voiler la totalité de votre paquet... ce qui est assez rageant.
Il s'agit de débarrasser la photo des agents chimiques résiduels. Il faut toujours au moins 5 min (minimum pour un papier RC) pour bien rincer une photo. Si la photo est mal rincée, des marques jaunes peuvent apparaître deux ou trois mois plus tard. Vous pouvez terminer le rinçage par un bain dans un agent mouillant qui permet d'uniformiser les goutelettes sur le support pour faciliter le séchage. Vous pouvez sécher vos photos soit suspendus, soit sur des planches, soit (si vous êtes pressé...) au sèche-cheveux.
Voilà, vous venez de réaliser votre premier tirage de photo noir et blanc ! Et si, comme la plupart des passionnés, il ne vous convient pas, vous pouvez recommencer. Et surtout n'ayez pas peur de gâcher du papier dans les premiers temps. Et quand vous aurez bien assimilé toute la méthode, ou que vous vous serez constitué votre propre méthode, vous pourrez vous essayer à d'autres techniques du labo.
Copyright © 2001-2010 Julia Briend.