Naissance en 1954 (Glen Ridge, New York - USA)
Cindy Sherman a à peine 25 ans qu'elle est déjà reconnue dans le monde élitiste de la photographie. Elle affectionne tout particulièrement les compositions incongrues et ambiguës, si bien que son oeuvre s'en trouve volontairement ouverte à toute interprétation. A travers ses nombreuses séries d'images (le plus souvent des autoportraits), elle soulève d'importantes questions sur le rôle et la représentation de la femme dans la société.
Elle naît en 1954 dans une banlieue new-yorkaise, et sa famille déménage peu de temps après à Huntington (Long Island). Contrairement à grand nombre d'artistes photographes, le climat familial n'inspire pas sa vocation : elle feuillette parfois l'unique livre d'art de la bibliothèque parentale, présentant les 101 plus beaux tableaux du XXe siècle...
Néanmoins, elle décide d'entreprendre des études artistiques à l'Université de l'état de New York, à Buffalo. Elle est très vite frustrée par la peinture : "…il n'y avait rien à dire de plus. Je me contentais de copier méticuleusement d'autres œuvres, et j'ai réalisé qu'il aurait alors suffi d'utiliser un appareil photo et de me consacrer à d'autres idées" ("…there was nothing more to say. I was meticulously copying other art and then I realized I could just use a camera and put my time into an idea instead").
Elle se tourne alors vers la photographie, et crée avec d'autres artistes (Robert Longo et Charles Clough) un espace d'exposition indépendant : Hallwalls. Diplômée en 1976, elle s'installe à Manhattan et commence quelques autoportraits.
Dans sa série en noir et blanc Untitled Film Stills, aujourd'hui incontournable, elle revêt différents costumes et joue sur les "clichés" d'une blonde : starlette pulpeuse ou consentante femme d'intérieur, elle s'inspire des medias et de la pop culture et scénarise des vies de poupées, vulnérables et grimaçantes.
Au début des années 80, elle continue d'explorer ces glissements d'identité, en couleur cette fois (Rear-Screen Projections, Centerfold et Fashion series). Désormais reconnue par le marché de l'art, elle tente progressivement de se détacher du discours féministe qui sous-tend ses premiers travaux. Pour la première fois, dans ses séries Fairy Tales et Disasters, elle n'est plus systématiquement le modèle de ses photographies. Proches du fantastique et du grotesque, ces images sont crues : des corps morcelés de poupées ou de prothèses côtoient la moisissure, le vomi et autres substances inspirant le dégoût.
Cindy Sherman - le modèle - réapparaît dans la série History Portraits, vers 1988, où la photographe pastiche l'univers de tableaux de maîtres. En 1992, elle est cette fois totalement absente de ces photographies pour une série d'images aujourd'hui connue sous l'intitulé Sex Pictures : les corps ne sont plus que des poupées ou prothèses "décharnées", disposées dans des postures très suggestives et photographiées plein cadre.
Cindy Sherman s'est appropriée nombre de genres visuels : les film stills (comme extraits du scénario d'un film), les centerfolds (pages centrales des magazines, alors consacrées par Playboy), photographie de mode, portraits historiques ou images érotiques… Aujourd'hui elle s'intéresse plus étroitement au cinéma, et plus particulièrement aux films d'horreur. En 1996, dans Office Killer, son premier long métrage, une secrétaire dévouée assassine ses collègues de bureau…
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